Il avait dix ans lorsqu'il a poussé pour la première fois la porte du Village Béthanie. Olive venait de perdre ses deux parents. Placé par le juge des mineurs, il arrive dans ce centre d'accueil du Bénin sans rien, sinon un immense vide et beaucoup de colère. Dix ans plus tard, il sort de l'université avec une licence professionnelle de comptabilité et de gestion, mention très bien, et démarre un stage dans une structure financière. Entre ces deux images, il y a une maison, une famille de coeur, et le travail patient d'un orphelinat monégasque soutenu depuis Monaco par l'association Le Cep Monaco. Voici son histoire, racontée par lui et par Jérémy, le directeur qui l'a vu grandir.

Les premiers jours, Olive ne faisait que pleurer

Jérémy s'en souvient comme si c'était hier. Quand Olive arrive au Village Béthanie en 2016, l'enfant est brisé. "Son état moral était vraiment désastreux, suite au décès de ses deux parents", raconte le directeur. "Les premiers jours, Olive ne faisait que pleurer. Il se demandait: pourquoi je me suis retrouvé ici, pourquoi mes parents sont partis comme ça. Il avait une rébellion, une haine contre la nature."

Ce chagrin, le directeur le connaît par coeur, car c'est le point de départ de presque tous les enfants qu'il accueille. Interrogé sur la plus grande difficulté de son métier, il ne parle ni d'argent ni de logistique.

La première difficulté, c'est comment combler le vide d'un enfant qui a perdu son parent. C'est une douleur profonde.

Alors, avec son épouse, il fait la seule chose qui compte au début: il reste à côté. "On le consolait, on lui expliquait la vie, on lui apportait du soutien moral. Et avec le temps, ça a pris, il s'est intégré."

Trouver une famille, retrouver la confiance

L'intégration n'a rien d'automatique. Au Village Béthanie, les enfants arrivent de régions et d'ethnies différentes, chacun avec sa culture, son caractère, ses blessures. Olive le dit sans détour: au début, se faire une place au milieu des autres était difficile. "Quand tu essaies de faire quelque chose et que les parents ne sont pas là pour te défendre, d'autres peuvent te chicoter. Je me mettais à pleurer, je me demandais pourquoi c'était moi qui devais venir ici."

Ce qui a tout changé, il l'appelle simplement le soutien. "Avec les conseils du papa et de la maman qui étaient à mes côtés quand je pleurais, pour me consoler, j'ai pu m'intégrer." Ce papa et cette maman, ce sont Jérémy et son épouse, les responsables de l'orphelinat. Devenus adultes, les enfants continuent de les nommer ainsi. Quand on demande à Olive ce que le directeur représente aujourd'hui pour lui, sa réponse tient en une phrase.

Je peux dire qu'il représente mon père et ma mère. Ils m'ont donné de l'amour, du partage, ils m'ont accompagné, soutenu, jusqu'à ce que j'aie mon diplôme. Aujourd'hui, avec ce diplôme, je peux me débrouiller.

De l'orphelinat à la mention très bien

Très vite, l'équipe repère chez Olive une soif d'apprendre. "Nous avons vu en lui un potentiel, un amour pour les études", se souvient Jérémy. "Il est curieux, il veut connaître, il fait toujours ses devoirs." L'orphelinat l'accompagne à chaque étape: le brevet, puis le baccalauréat, puis trois années à l'Institut universitaire. Le financement des études supérieures, en particulier, pèse lourd pour une structure qui accueille de nombreux enfants. Olive en a conscience: "Investir sur un seul enfant, c'était difficile. Mais ils m'ont soutenu jusqu'à l'obtention du diplôme."

Le résultat dépasse toutes les espérances. Olive décroche sa licence professionnelle de comptabilité et de gestion avec la mention très bien, et commence aujourd'hui un stage dans une structure financière. La fierté de Jérémy, quand il évoque ce parcours, est palpable dans sa voix. L'enfant qui ne faisait que pleurer est devenu un jeune homme autonome, capable de gagner sa vie et, un jour, d'aider à son tour.

Béthanie, une maison où l'on vit en famille

Cette réussite n'est pas un cas isolé, et ce n'est pas un hasard. Le Village Béthanie a ouvert ses portes le 20 février 2014. Pour Jérémy, en diriger l'accueil relève d'une vocation ancienne. "Depuis mon adolescence, j'ai toujours eu envie de venir au secours des personnes vulnérables. Quand je les vois dans des conditions de précarité, ça me révolte. Je me dis qu'il faut que je fasse quelque chose."

Sa méthode tient en un mot: l'éducation, portée par la culture. Le Bénin compte une cinquantaine d'ethnies et autant de traditions. Pour souder des enfants venus d'horizons si divers, le directeur s'appuie sur les danses et les rythmes africains, qui captent immédiatement leur attention, et, quand il le faut, commence par l'alphabétisation pour donner à chacun un socle commun. Peu à peu, les chocs culturels s'effacent et laissent place à la fraternité.

Le lien qui se crée ne se dissout pas au départ des enfants. Jérémy raconte, la gorge nouée, ses retrouvailles avec d'anciennes pensionnaires devenues couturières, mariées, installées: Faouziat, Rosine, Kyria. "On s'est mis à pleurer, et c'est le mari de l'une d'elles qui est venu nous consoler, tellement c'était émouvant."

Béthanie, c'est une maison, nous vivons en famille. La vie après Béthanie est bien suivie.

Dans cet entretien, Jérémy revient sur sa vocation née à l'adolescence, l'ouverture du Village Béthanie en 2014 et sa façon de recréer une famille pour des enfants venus d'horizons multiples.

Soutenir le Village Béthanie depuis Monaco

L'histoire d'Olive n'est pas une exception, c'est une promesse: celle qu'un enfant privé de tout peut retrouver une famille, une éducation et un avenir. C'est cette promesse que Le Cep Monaco porte depuis la Principauté, en finançant l'accueil, la scolarité et l'autonomisation des enfants du Village Béthanie. Chaque parrainage, chaque don prolonge concrètement ce parcours: un cartable, une année d'école, un diplôme, un métier. Vous pouvez, vous aussi, écrire la suite de ces histoires.